Balades à Boutiers St Trojan ...

Promenade à Port-Boutiers au début du siècle  

Vies et coutumes d'autrefois (1/2)...


Vers 2ème partie ... 

La majorité de ces histoires ont été écrites par Mr A. Bergeon (sauf "Une boulangerie à Boutiers en 1888" de Patrick Huraux, "Les DUMAS de Boutiers St-Trojan" de Thierry Chollet, et "Le Petit Royan"), habitant de Boutiers St Trojan malheureusement décédé depuis 1997. Son épouse m'a très aimablement prêté son cahier où il consignait ses courtes, mais ô combien captivantes chroniques. Elles nous confirment, s'il en était besoin, combien les temps ont changé...
Je vous les révèle donc dans leur intégralité...


Ces pages sont longues à lire... Enregistrez les afin de prendre le temps de les dévorer hors ligne !

SOMMAIRE


   

UNE JOURNEE A BOUTIERS EN 1922
Il est 5h30, Boutiers dort. Un son de cloche rompt le silence de la nuit. C'est le sacristain, Mr Louis Gallard qui tous les matins sonne l'angélus. Dans les maisons, les lampes à pétrole et les bougies s'allument (l'électricité n'est arrivée à Boutiers qu'en 1924). Les volets s'entrouvrent et dans les cheminées, la première javelle est allumée et flambe gaiement.
C'est devant la cheminée qu'après avoir été panser les animaux, la famille s'installe pour casser la croûte. Le petit déjeuner comporte cochonnaille, sardine ou hareng saur grillés sur la braise de la javelle. Ceci accompagné de pommes de terre et ail cuits dans les cendres chaudes. Le tout est suivi de "la Rôtie", pain grillé trempé dans du vin blanc chaud et sucré...
Il est sept heures, les portes s'ouvrent. Les gens s'interpellent pour ensemble partir à Cognac à pied travailler. Les hommes dans les chais de Cognac "Hennessy, Martell, Castillon ou Cusenier" à faire des caisses pour l'expédition du Cognac, dans les entreprises du bâtiment et dans l'imprimerie. Les femmes vont en ville faire des ménages, lavages (la machine n'est pas encore inventée...).
Pour faire la route, des groupes se forment en commentant les nouvelles de la ville et de Boutiers. Quelques femmes tricotent en marchant. Vers 7h1/4 partent garçons, apprentis dans le bâtiment ou l'imprimerie, et filles couturières ou lingères. Quelques filles sont "bonnes" dans les maisons bourgeoises. Elles ne viennent chez elles que quelques heures le dimanche après-midi.
Les jeunes nantis de leurs certificats d'études et continuant, vont à l'EPS faire du primaire. Ils feront des fonctionnaires, Instituteurs, postiers aux impôts ou banquiers. Avec l'EPS, il y a le collège qui reçoit les enfants de la bourgeoisie préparant le BAC, étudiant le droit et les sciences politiques. Le cloisonnement entre ces deux formes d'enseignements est très marqué !!
Les jeunes des environs de Cognac allant à l'EPS sont demi-pensionnaires, mangent à midi au réfectoire, menus peu variés à base de haricots, lentilles et pommes de terre, un peu de viande et poissons le vendredi. A la sortie de 4 heures, une tartine de pain de campagne sec nous aide à faire notre route. Les autres travailleurs emportaient un repas froid et mangeaient à l'atelier sur l'établi ou la table de travail.
Les journées se terminaient vers 6h30 ou 7h00. Arrivés à la maison, les jeunes faisaient leurs devoirs, apprenaient les leçons et dînaient en famille. Et la cloche sonnant l'angélus du soir les envoyait au lit...

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LES PROBLEMES D'EAU AVANT 1958
Les générations actuelles qui n'ont qu'à tourner des robinets pour avoir l'eau à profusion, ne peuvent imaginer ce qu'était le problème de l'eau dans les parties hautes de la commune. Sur le coteau, les sources étaient profondes et de faible débit.
Creuser un puits était un gros problème. Aussi, très souvent, plusieurs personnes s'entendaient pour le creuser, mais se réservaient le droit de puisage par acte notarié. Ce droit se transmettait par héritage ou par achat de la maison qui le possédait. Cela explique ces puits couverts et fermés rue des platanes, impasse grande rue ou chemin de St Trojan. En période de sécheresse, les propriétaires ôtaient les cordes ou les chaînes pour empêcher les personnes n'ayant pas le droit de tirer de l'eau. Que de disputes avaient à l'origine un seau d'eau !!! Presque toutes les maisons avaient des citernes et recueillaient précieusement l'eau de pluie. Mais tous ayant des animaux, gros consommateurs d'eau, trois ou quatre semaines sans pluie et l'eau manquait, citernes à sec et sources taries...
Il ne restait comme solution qu'à aller chercher l'eau à la Charente avec des barriques sur une charrette. On puisait avec une pompe installée dans la tour qui existe encore au Port-Boutiers. La pompe souvent en panne, il ne restait plus qu'à puiser avec un seau.
Aussi, à la maison, il fallait économiser l'eau. D'où l'utilité de la cassotte pour une toilette très sommaire et pour se laver les mains, et cette eau sale était recueillie pour arroser quelques légumes ou fleurs.
Il y avait au Port-Boutiers en période de sécheresse la queue à la pompe. Souvent cinq à six charrettes attendaient leur tour. Que de temps perdu pour ce ravitaillement en eau !!
Pour le lavage, les femmes descendaient leur linge avec une brouette et lavaient au fil de l'eau, agenouillées dans le "lavour", sorte de caisse avec des pieds, mise dans l'eau.

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LA SECHERESSE A BOUTIERS EN 1793
(Copie d'une lettre envoyée au district de Cognac le 23/07/1793)
Les grandes sécheresses et grandes chaleurs du printemps et de l'été de cette année ayant corrompu les eaux de l'étang du Solençon, tout le poisson est mort et il y en avait une si grande quantité que la mauvaise odeur se faisait ressentir à une demie lieue au rond et qu'elle devenait insupportable à Cognac qui n'est qu'à un quart de lieue. Au point que tout à coup, nous nous trouvâmes entourés de plaintes, tant dans les campagnes, que dans la ville qui attribuaient les maladies de plusieurs habitants à la putridité de cette masse énorme de poissons et aux exhalaisons de l'eau qu'ils avaient infectés de manière que tout le monde criait de tout coté à la terreur de la peste. Cela nous fait mettre dans le plus grand empressement à y remédier pour calmer les inquiets et éviter des maux dont ont était menacés en attendant un jour de plus.
Il y avait au moins 60 chariots de poissons morts qui couvraient l'eau dormante et bourbeuse dans une surface de 100 toises. Le prix demandé par un entrepreneur pour nettoyer tout cela fut de 100 livres.

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LA FRAIRIE DE BOUTIERS EN 1920
J'ai toujours entendu parler de la frairie de Boutiers, le premier dimanche après Pâques. C'était le grand événement de la commune. Les invitations étaient lancées longtemps à l'avance, et dans tous les foyers, on recevait ce jour les parents et amis.
La semaine précédant la fête, la maîtresse de maison préparait "la galette de la frairie", ancêtre de nos galettes Charentaises, que l'on faisait cuire dans les fours communaux allumés à cette occasion.
Pendant cette semaine dans toutes les maisons, l'on vous offrait un morceau de galette accompagné d'un verre de vin blanc. Le Pineau n'était pas encore connu... Les enfants en vacances se réunissaient sur la "chaume", actuelle place de l'église, pour attendre et voir monter les manèges !! Ils aidaient quelquefois à monter les manèges, récompensés par quelques tours gratuits le jour de la fête.
L'arrivée des manèges était déjà un spectacle. C'était mon grand père et mon père qui, avec des chevaux, allaient chercher les forains à Rouillac. La montée des lourds chariots dans la côte derrière l'église était difficile et l'on demandait l'aide des boeufs à la propriété de Bel-Air où mon oncle était régisseur.
Enfin, le grand jour tant attendu arrivait : Le dimanche ! Quelques copains étrennaient un costume neuf trop grand la première année mais trop petit les années suivantes, le costume ne suivant pas la croissance de son porteur... Les filles prenaient les robes d'été à prédominance rose. Et l'on arrivait à la fête, rue des platanes, le long du mur de la Commanderie. On découvrait un jeu de Rampeau, sorte de jeu de quille qui fut interdit car on y jouait de l'argent !
Le bal se tenait en face, dans ce qui est le garage des Dumas... On y dansait valses, polka, javas one step au son d'un orchestre avec jazz, nouveauté apportée par les soldats Américains venus faire la fin de la guerre 14-18. Il y avait aussi les quadrilles et après chaque danse, le cavalier offrait un rafraîchissement à sa cavalière. Mais il fallait obtenir l'accord des mères toujours présentes. Une fille venant au bal seule se faisait remarquer. Autres temps, autres moeurs... A la fin du bal, on raccompagnait mère et fille chez elles et l'on était parfois invité à réveillonner. Grillons et jambon faisaient les frais de ce casse-croûte.
Mais revenons aux attractions sur la place. Manèges, chevaux de bois, pousse-pousse, balançoires, tirs et loteries attiraient de nombreux visiteurs, notre fête étant dans les premières de l'année. Vers 1925, première course cycliste Boutiers-Saintes et retour...
La frairie ne durait qu'une seule journée et dès le lundi matin, les adultes reprenaient le travail, et nous, le chemin de l'école ...

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LE CONSEIL DE REVISION
Il avait lieu tous les ans. Tous les jeunes gens âgés de 18 ans étaient tenus de se faire inscrire à la mairie de la commune et l'année suivante, ils étaient convoqués au conseil de révision qui se tenait au chef-lieu du canton. L'année du conseil était une année de fête. Chaque dimanche, un conscrit recevait chez lui ses camarades pour un repas. Parfois les filles, amies ou fiancées de conscrits étaient invitées. A ces repas, chaque famille faisait le maximum pour faire un bon festin. Bien souvent, le père du conscrit allait pieusement chercher une bouteille de vin mise en bouteille l'année de la naissance du conscrit. Mais nos vins de pays vieillissement mal et ce n'était souvent qu'une affreuse piquette que nous déclarions très bonne en pensant à tout l'amour et l'amitié que cette bouteille représentait... Les amitiés à cette époque, n'étaient pas un mot en l'air et dans ces occasions, les petites querelles et chamailleries étaient oubliées...
A cette époque, beaucoup de jeunes conscrits travaillant à la terre, étaient de l'assistance publique ou de famille nombreuse. Souvent le patron remplaçait les parents défaillants ou ne pouvant offrir ce repas ! Cela créait de bons rapports entre employés, employeurs et voisins.
Puis ensemble, les conscrits organisaient un bal gratuit avec orchestre. C'était l'événement de l'année ! La journée du conseil de révision, nous partions à pied et en groupe pour Cognac. A l'hôtel de ville, nous étions appelés par ordre alphabétiques et passions nus comme des vers devant un "jury" composé du sous-préfet, capitaine de gendarmerie et maires des communes du canton. Des médecins militaires nous passaient une visite très sommaire et nous étions déclarés "Bons pour le service, Ajournés ou Réformés".
A notre sortie, nous étions guettés par des marchands qui vendaient des badges "Bon pour les filles", des cocardes et des rubans bleu-blanc-rouge. Après une promenade en ville, nous allions déjeuner au restaurant, pour beaucoup, c'était la première fois... L'après-midi, visite à la maison close pour aller constater sur le tas que nous étions des hommes ! Et la journée s'achevait par un retour parfois laborieux...

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LA VISITEUSE OU INVITEUSE
Autrefois, peu de personnes lisaient le journal. Aussi quand il y avait un décès dans une famille, celle ci payait une personne "la visiteuse" pour passer dans toute la commune annoncer le décès et inviter aux obsèques.
Elle demandait, sur ordre de la famille ou sur les désirs du défunt, des personnes pour tenir les cordons.
Si le défunt était membre d'une société, celle ci désignait des personnes pour porter le cercueil et assister aux obsèques. Ces porteurs étaient souvent des artisans de la commune, maçons, menuisiers, maréchal...
Si les personnes désignées ne venaient pas, ils payaient une amende à leur société. Après les obsèques, un repas réunissait la famille et les amis du défunt. Cela se terminait très souvent par des fâcheries. On commençait à parler "HERITAGE" !!!
Mme Evable a été la dernière femme à faire la visiteuse ; et son fils Jean-Paul le dernier à sonner l'Angélus...

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UNE BOULANGERIE A BOUTIERS EN 1888 © Patrick Huraux
En compulsant attentivement les archives, nous pouvons découvrir qu'une boulangerie existait déjà fin du XIXème siècle.

Cet établissement était tenu par la famille Lacombe.
Cette famille est arrivée sur notre territoire au tout début de l'année 1842 en la personne de François Lacombe (1806-1879).
Ce dernier épouse une fille du pays, Marie Bellot, en juin 1842.
Leur fils François Lacombe, est né à Boutiers le 11 décembre 1851.
Après avoir été réformé en 1871, il épouse à Boutiers le 15 avril 1873, Célestine Lévêque (1851-1917).
Il exerce premièrement la profession de tonnelier, puis fin des années 1880, il oriente sa carrière vers le métier de boulanger.
Avant la révolution, des fours dis banaux, à l'utilisation très réglementée, permettaient à la population de cuire leur pain à certaines conditions. Les familles les plus aisées possédaient personnellement en leurs demeures leurs propres fours à pain.
Avec la disparition de la banalité, la confection du pain, denrée première et vitale, fut un souci majeur pour l'ensemble de la population.
Un créneau était donc à prendre et François Lacombe prit l'initiative de produire et vendre du pain.
Ayant hérité de ses parents par acte du 14 janvier 1874 (Hériard - Cognac) d'un immeuble situé au centre de notre commune, il aménage l'une des parties en boulangerie.
Il exerce la profession de boulanger peu de temps, vraisemblablement de 1888 à 1890. Puis il devint propriétaire terrien sur la commune de Nercillac.
Entre temps par acte du 4 et 9 octobre 1890 (Hériard - Cognac), il cède sa boulangerie à Alexandre Lestrade, garçon boulanger, demeurant à Boutiers.
La dite vente comprenait :
"Un corps de bâtiment d'habitation composé de deux chambres basses séparées par une entrée servant de boutique, cuisine, four et boulangerie derrière, grenier, puits commun avec Girard et Moyet, et autres dépendances, le tout d'un seul tenant situé au bourg de Boutiers, confrontant dans l'ensemble du midi à la Grande Rue de Boutiers, du nord à Girard, Moyet et Philippe Girard, du levant à Moyet, du couchant à une petite ruelle.
Plus le fonds de commerce de boulangerie que le dit sieur Lacombe exploite à Boutiers, comprenant la clientèle et l'achalandage attachés audit fonds.
S'ajoute le matériel ci-après décrit, savoir :
- une jument rouge âgée de six années et estimée 300 francs
- un harnais de cheval estimé 65 francs
- deux chars à banc estimés 500 francs
- un pétrin en bois de noyer estimé 100 francs
- soixante pannetons estimés 60 francs
- les linges environ soixante morceaux estimés ensemble 20 francs
- six pelles et deux rouables estimés 40 francs
- un étouffoir estimé 20 francs
- un comptoir en bois blanc estimé 40 francs
- des balances estimées 20 francs
- une série de poids estimée 10 francs
- une bascule estimée 20 francs
- deux seaux en bois estimés 5 francs
Montant global : 1200 francs
".
Par cette description, nous pouvons déduire que le sieur-boulanger Lacombe effectuait des livraisons de pain avec sa jument et son char à banc (les tournées).
Monsieur Lestrade, en échange de cette vente, s'engage à partir du 1er novembre 1890, à prendre en charge les contributions de toutes natures auxquelles le dit fonds de boulangerie peut être assujetti et de satisfaire à toutes les charges de ville et de police qui peuvent lui incomber.
Il est également spécifié sur l'acte que François Lacombe ne pourra créer aucun fonds de boulangerie dans la commune de Boutiers et des communes limitrophes pendant une période de 10 ans.
La vente est conclue pour un montant total de 8000 francs (soit 3000 francs de matériel, achalandage, fonds de boulangerie et 5000 francs d'immeubles).
Lestrade s'engage à rembourser la somme sous un délai de 10 ans avec intérêt de 5% l'an. Ses parents, Jean Lestrade et Françoise Marie Martin, se portent garants.
La famille Lestrade est native de Royère en Creuse. Jean Lestrade, tailleur de pierre est arrivé à Boutiers vers 1855-56.
L'un de ses fils est Alexandre Lestrade.
Ce dernier, né à Boutiers le 15 août 1866, garçon boulanger (peut-être chez François Lacombe), achète donc les 4 et 9 octobre 1890 la boulangerie de Boutiers.
Quelques jours plus tard, soit le 28 octobre 1890, il convole à Boutiers en justes noces, avec Mathilde Baraud (1867-1920). Il a trouvé "sa boulangère". Quatre petits mitrons naîtront de cette union.
Il semble exercer la profession de boulanger à Boutiers jusque vers les années 1920-22.
La boulangerie ne sera pas reprise. Il décèdera à Cognac le 24 février 1953.

Notons également que Louis-Alphonse Lestrade (1870-1941), exercera aux côtés de son frère aîné Alexandre, la profession de boulanger à Boutiers (vers les années 1895-1897).
Puis avec son épouse Florence Baraud (sœur cadette de Mathilde), ils feront le choix de tenir une épicerie dans la Grande Rue...

Ancienne enseigne au n°8 de Grande Rue " ... LIQUEURS AVOINE ..."

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© Philippe Dumas - Juillet 1999 - Tous droits réservés

(Dernière mise à jour : juillet 2012)