Balades à Boutiers St Trojan ...
FORUM... Journal interactif... ...FORUM

En cliquant sur le journal ci dessus, vous pourrez si vous le désirez, participer à cette page et ainsi, réagir sur ces sujets...
Vous pouvez rester anonyme, et l'adresse e-mail n'est pas obligatoire !

Actualités d'hier...
(3ème partie)
Retour 2éme partie ...


2003 - DRAME A PORT-BOUTIERS :

Un homme tue sa femme avant de se donner la mort
(CHARENTE LIBRE du 15 octobre 2003)
Dans leur maison de Boutiers Saint-Trojan, Raymond Delage, 89 ans, a tué son épouse Madeleine avant de retourner la carabine 9 millimètres contre lui.

Dans la boite aux lettres, journal et publicités attendent d'être relevés. Comme la baguette coupée en deux, suspendue à la grille dans un sac en plastique.
Depuis lundi matin, la porte et les volets de la petite maison blanche ne se sont pas ouverts au 1086 de la route des Corbières, à Port-Boutiers, sur la commune de Boutiers Saint-Trojan.
Avec ses bacs à fleurs et son jardin bien entretenu, le lieu est plongé dans un calme trompeur.
Rien ne laisse deviner le drame qui s'est déroulé là, dans cette maison où les pompiers de Cognac ont trouvé les cadavres de Raymond et Madeleine Delage lundi soir.
Tués par des cartouches de 9 millimètres provenant d'une carabine à canon scié trouvée sur place. Appelée par les pompiers, la brigade de recherche criminelle de la gendarmerie de Cognac a pris la suite des opérations.
D'après l'enquête, Raymond Delage, âgé de 89 ans, a tué son épouse, âgée de 76 ans, avant de retourner l'arme contre lui. Touchée à la tête, Madeleine Delage a été retrouvée dans une pièce attenante à la cuisine où gisait le corps de son époux. Des questions sans réponse. Qu'est ce qui a bien pu motiver le geste de Raymond Delage ? Une lettre a été retrouvée dans la maison de Port-Boutiers… "C'était des gens à priori sans histoire qui ne se mélangeaient pas beaucoup" confie le maire Robert Richard qui a passé toute la soirée sur les lieux.
Sur cette petite route qui longe la Charente, les maisons sont espacées. Entre une grande parcelle de vigne et un espace vert, celle de Raymond et Madeleine Delage n'a pas beaucoup de voisins à proximité.
Certains se rappellent d'un couple qui passait beaucoup de temps dans son jardin. Mais avouent ne pas beaucoup fréquenter des gens qui restaient très discrets. Ce sont des proches – dont le fils des victimes qui habite dans la région de Cognac – qui se seraient rendus sur place lundi dans la soirée. Inquiets parce qu'ils n'arrivaient pas à joindre le couple au téléphone, ils n'ont pu entrer dans la maison fermée.
C'est le voisin le plus proche, dont la maison est située un peu plus loin en face qui a appelé les pompiers de Cognac peu avant 20h.
"J'ai trouvé ça bizarre : d'habitude, on ouvre nos volets à peu près en même temps le matin," raconte Claude Rousset. "On habite là depuis 1970. Mais lundi, les volets sont restés fermés toute la journée. On ne s'est pas trop inquiété jusqu'au soir quand on a entendu le chien aboyer. Ici, c'est un coin de retraités, on a l'habitude de se voir, même si on ne se fréquente pas assidûment." Ce n'est que mardi vers 1h30 du matin que les corps ont été enlevés.
Laissant des questions sans réponses.
Céline AUCHER



Meurtre suivi d'un suicide : L'enquête est close
(CHARENTE LIBRE du 16 octobre 2003 )
L'enquête sur le drame qui a endeuillé la commune de Boutiers Saint-Trojan en début de semaine est close. Les faits – un homicide suivi du suicide du meurtrier – ont rapidement été établis par la brigade de recherche criminelle de la gendarmerie de Cognac (lire CL d'hier).
Seul un doute demeure quant à la date du meurtre. Dimanche ou lundi, à l'aide d'une carabine 9 millimètres à canon scié, Raymond Delage, 89 ans, a tué son épouse Madeleine, 76 ans, d'une balle dans la tête dans leur maison de Port-Boutiers, au 1086 de la route des Corbières. Un coin qui borde la Charente où les maisons sont espacées et où les voisins ne sont donc pas à proximité immédiate.
Les corps des deux personnes âgées ont été découverts par les pompiers de Cognac lundi soir après l'appel du fils des victimes qui s'inquiétait de ne pouvoir entrer dans la maison. Sur place, les enquêteurs ont trouvé une lettre laissée par Raymond Delage dans laquelle l'homme explique son geste fou par des "facheries" dans le couple.
Maison de Mr et Mme Delage



Il tue sa femme et se suicide
(SUD OUEST du 16/10/2003)
Pour lire l'article, cliquez sur ce lien...
http://www.sudouest.com/accueil/actualite/archives.html
David PATSOURIS





2005 - DECOUVERTE MACABRE :

Une découverte macabre qui suscite bien des interrogations à Boutiers-Saint-Trojan
(CHARENTE LIBRE du 25 mai 2005 )
Jacques Joubert-Rippe et sa compagne Claudette Decombe ont été retrouvés morts hier à leur domicile. Touchés par balle, dans une odeur de gaz

Les corps sans vie de Jacques Joubert-Rippe et de sa compagne Claudette Decombe ont été retrouvés hier en début d'après-midi à leur domicile, au 482 route Porte-Fâche, sur la commune de Boutiers-Saint-Trojan. Découverts par un membre de la famille, dans leur maison, à proximité du carrefour entre la route qui mène dans le bourg de Boutiers et celle qui conduit à Sainte-Sévère. Pas de voisins immédiats sur cette petite route bordée de vignes, où seuls les barrages installés par la gendarmerie laissaient présager un drame hier après-midi.
Selon les premières constatations, les corps de Jacques Joubert-Rippe et Claudette Decombe, touchés par balle, se trouvaient l'un à côté de l'autre, à proximité d'une arme à feu. Alors que le gaz était ouvert. «A notre arrivée, une forte odeur était perceptible à l'extérieur, précise le lieutenant Carole Lecomte, de la compagnie de gendarmerie de Cognac. Une situation qui ne présentait plus de risques à partir de 15h.» Les pompiers de Cognac ont été les premiers à arriver sur les lieux vers 13h30, avant d'être rejoints rapidement par une quinzaine de gendarmes de la compagnie de Cognac, ainsi que des techniciens en identification criminelle de Cognac et d'Angoulême, la substitut du procureur Gislaine Balzano et le médecin légiste. Les constatations ont duré plusieurs heures.
Retraité de la viticulture
Prévenu à 14h, le maire de Boutiers-Saint-Trojan, Robert Richard, s'est rendu sur place. «Jacques Joubert-Rippe était connu comme un militant du Modef plutôt actif. C'était un gars assez entier qui était arrivé sur la commune avec ses parents agriculteurs alors qu'il était enfant», souligne Robert Richard.
Âgé de 63 ans, Jacques Joubert-Rippe vivait depuis quelques années avec Claudette Decombe. Il avait pris sa retraite de la viticulture il y a quelques années, tout en restant vice-président du Comité de défense de la viticulture des Charentes (Modef), dont il était un pilier. À ce titre, il prenait souvent en charge l'organisation des réunions et assemblées générales du syndicat à la salle des fêtes de Boutiers. «Un type bien, dévoué et disponible qui avait une connaissance solide des dossiers», dit Bernard Goursaud, l'ancien président du CDVC-Modef.
L'homme, qui était aussi à ses heures perdues un peintre amateur passionné et exposait fréquemment dans les salons régionaux, avait, semble-t-il, d'énormes soucis familiaux.
482 route Porte-Fâche

Si son décès était largement commenté hier soir au bar des Platanes, dans le bourg de Boutiers, la tragédie laisse pour l'instant de nombreuses interrogations. Meurtre ou suicide? Meurtre suivi d'un suicide ? Ce sera à la gendarmerie de Cognac, chargée de l'enquête, de répondre à ces questions. Ce n'est d'ailleurs pas la première affaire de ce type confiée à la brigade de recherche criminelle sur la commune de Boutiers-Saint-Trojan. En octobre 2003, les cadavres de Madeleine et Raymond Delage avaient été retrouvés dans des circonstances apparemment similaires. Il s'était avéré que l'homme avait tué son épouse avant de se donner la mort. Mais comparaison n'est pas raison. «Si l'affaire a été rapidement éclaircie à l'époque, celle-ci s'avère beaucoup plus compliquée», confie le lieutenant Lecomte. Hier soir, les corps des deux victimes devaient être amenés à l'hôpital de Girac pour y être examinés.
Céline AUCHER




Une information judiciaire après la mort des retraités
(CHARENTE LIBRE du 26 mai 2005 )
Photo CL

La gendarmerie barrait hier la route devant le domicile de Jacques Joubert-Rippe et Claudette Decombe, à Boutiers - photo CL

Au parquet d'Angoulême, Ghislaine Balzano, la substitut du procureur, a ouvert hier une information judiciaire à la suite de la mort de Jacques Joubert-Rippe et de sa compagne Claudette Decombe, retrouvés sans vie, mardi en début d'après midi dans la chambre à coucher de leur maison de Boutiers St -Trojan.
Les corps sans vie des deux retraités, morts par balles d'une carabine 22LR retrouvée sur place à proximité du corps de Jacques Joubert-Rippe, ont été découverts par un membre de la famille. Dans la maison, une forte odeur de gaz, émanant d'un robinet ouvert.
Le dossier a été confié à la juge d'instruction Marie Rouquier-Lafitte, qui a saisi les gendarmes de la section de recherches de Poitiers.
Hier, en fin d'après midi, les magistrats et les gendarmes se trouvaient toujours sur les lieux , pour tenter de comprendre les circonstances de la mort des deux retraités.
Mardi soir, les deux corps ont été examinés à l'hôpital de Girac à Angoulême. Ils devaient être autopsiés hier soir. Et les investigations se poursuivent. Les gendarmes ont, comme à leur habitude, décidé de ne laisser de côté aucune piste. L'enjeu de leur enquête, c'est de déterminer s'il s'agit d'un meurtre suivi d'un suicide, ou d'un meurtre.Ils avouaient hier ne privilégier aucune hypothèse. Le principe serait la précaution. Ne pas s'emballer sur un suicide pour s'apercevoir plus tard qu'ils seraient passés à côté d'un meurtre. Mais ils n'auraient pour l'instant aucun élément probant pour privilégier une thèse.
Dans le village de Boutiers, la nouvelle du drame a surpris beaucoup de monde. Agé de 63 ans, Jacques Joubert-Rippe, retraité de la viticulture, mais toujours vice-président du modef, et sa compagne donnaient l'image d'un couple sans histoires qui aimait voyager. Ils venaient d'ailleurs d'acheter un camping-car neuf pour aller se balader le week-end.




Le fils avoue les meurtres de Boutiers
(CHARENTE LIBRE du 08 juillet 2005 )
A l'issue de sa garde à vue, Bernard Boutineau a reconnu qu'il avait tué sa mère et le compagnon de celle-ci la nuit du 21 mai dernier à Boutiers

Meurtre avec préméditation, meurtre avec préméditation sur ascendant légitime. Bernard Boutineau, 24 ans, après un long interrogatoire dans le bureau de la juge d'instruction Marie Rouquier-Lafitte, hier, a été mis en examen pour le double meurtre de Boutiers-Saint-Trojan, découvert le 24 mai dernier. Il est soupçonné d'avoir tué, de trois balles chacun, de 22 long rifle, sa mère, Claudette Decombe, 61 ans, et le compagnon de celle-ci, Jacques Joubert Rippe, 63 ans. Hier soir, le juge des libertés et de la détention l'a placé sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt d'Angoulême.
Bernard Boutineau, qui se ferait aussi appeler Kevin, était en garde à vue depuis mardi matin, de même que sa compagne, le fils de Jacques Joubert-Rippe et sa compagne. Il a été le seul déféré au parquet et mis en examen. Les trois autres ont été laissés libres, mis hors de cause.
Quarante-six jours d'enquête, menée par la compagnie de Cognac, la brigade de recherches, avec le renfort de la section de recherches de Poitiers, ont permis aux gendarmes d'aboutir in extremis. Leur principal suspect n'est en effet passé aux aveux qu'hier matin, vers 7 heures, à trois heures de l'expiration de ses quarante-huit heures de garde à vue. Sous le feu roulant des questions des enquêteurs, il a fini par reconnaître son implication dans le double meurtre. Des aveux que Ghislaine Balzano, substitut du procureur a qualifiés de «circonstanciés. Il a fourni des détails que seul l'auteur pouvait connaître».
Pour autant, le jeune homme n'a pu vraiment expliquer son geste. Tout juste aurait-il parlé d'un «passage à vide le soir des faits», dit qu'il se sentait sous-estimé, dévalorisé, alors que par ailleurs, il aurait eu de très bonnes relations avec sa mère.
Mais au-delà de «ce passage à vide», une raison plus «financière» pourrait se profiler. Claudette Decombe avait vendu la maison familiale qu'elle possédait à Pons, en Charente-Maritime, ce qui aurait pu, pour les enquêteurs, provoquer des tensions au sein de la famille. Mais qui semblent difficiles, seulement, à expliquer un double meurtre prémédité. Même si Bernard Boutineau, papa d'un enfant de quelques mois, ne vivait que du RMi.
«D'autres investigations, d'autres auditions seront nécessaires pour affiner ses motivations», explique en substance Ghislaine Balzano. Tout n'aurait pas été dit au cours d'une garde à vue que le colonel Daniel Bolmont, patron du groupement de gendarmerie, qualifie d'«éprouvante». Les experts psychiatres et psychologues devront notamment creuser les liens qui unissaient le jeune homme à sa mère, tenter d'établir les raisons qui ont pu motiver son acte.
C'est encore une quasi inconnue dans ce dossier. Pourtant, dès le départ, les gendarmes ont privilégié l'hypothèse qui mettait en cause un proche de la famille. Ils ont bien pensé au fils de Jacques Joubert-Rippe, dont ses amis du Modef, qu'il avait animé, savaient les relations parfois tendues avec son père, la volonté de ce dernier de profiter de la vie, quitte à ne pas laisser grand-chose à ses enfants. C'était la mauvaise piste.
Trois balles chacun
Les enquêteurs se sont aussi intéressés au fils de Claudette Decombe. C'est lui qui les avait appelés, au matin du 25 mai, quatre jours après la date de la mort, survenue au cours de la nuit du 20 au 21 mai.
La plus proche voisine du couple, rue Porte-Fâche, à Boutiers, raconte : «Trois ou quatre jours avant de disparaître, ils étaient venus me voir pour me dire que je ne les verrai pas pendant quelque temps, qu'ils allaient partir avec le camping-car qu'ils venaient d'acheter.» Le fils est passé le matin de la découverte du drame. «Sa mère lui avait dit qu'elle lui téléphonerait avant de partir. Il a trouvé étonnant de ne pas recevoir de coup de téléphone. Il est venu, il a vu le camping-car dans la cour. Il a trouvé ça bizarre. Il a appelé les gendarmes». Sans même pénétrer dans la maison.
Sur place, les enquêteurs, notamment les techniciens en investigation criminelle, ont découvert les corps des deux retraités. Ils ont vite exclu l'hypothèse d'un meurtre suivi d'un suicide auquel aucun des proches du couple ne pouvait croire. Les constatations l'ont démontré. Le couple semblait avoir été abattu en plein sommeil, quatre jours avant la découverte du drame.
Jacques Joubert-Rippe et sa compagne ont été tués dans leur lit, chacun de trois balles d'une carabine 22 long rifle, appartenant à Jacques Joubert-Rippe, retrouvée au pied du lit. Dans la maison, un tuyau d'alimentation sectionné et une forte odeur de gaz. Difficile, dès lors, d'envisager un suicide de trois balles, surtout lorsque l'homme a été retrouvé les pieds sous la couverture, le corps à demi hors du lit, une balle… dans le dos, à la hauteur de l'épaule. Les expertises balistiques et l'autopsie ont clairement établi qu'il ne pouvait s'agir d'un suicide.
Restait à démêler une affaire qui s'annonçait «particulièrement difficile», selon les termes du colonel. Une cellule a été mise en place, qui a mobilisé au quotidien une quinzaine de gendarmes. Dès le 27 mai, ils avaient bloqué les entrées de Boutiers, interrogé tous les automobilistes, suscité d'éventuels témoignages, distribué des appels dans les boîtes aux lettres.
Ils ont entendu une centaine de témoins. Parmi ceux-ci, ils ont relevé des incohérences, des contradictions dans les déclarations de Bernard Boutineau. Si «rien ne laissait supposer qu'il allait commettre un tel acte», ils ont insisté. Un mois et demi d'investigations et quarante-huit heures de garde à vue leur ont permis d'aboutir.
Jean-François BARRÉ
482 route Porte-Fâche



«C'était des déductions, pas des aveux»
(CHARENTE LIBRE du 05 juillet 2007)

Tout au long de l'audience, Kevin Boutineau a nié le double meurtre qu'il avait avoué
Les familles des victimes, qui se sont porté partie civile, espèrent des réponses durant ce procès

Aux abois. Il est entré prostré, le regard fuyant, dans le box des accusés de la cour d'assises de la Charente, hier matin. Un peu plus de huit heures de débats. Il a pris un peu d'assurance. Avant de finalement craquer, de fondre en larmes, le regard fixé sur l'adjudant qui venait de raconter sa garde à vue, en juillet 2005.
«Ça fait deux ans que je paye alors que je n'ai rien fait. Vous avez bien su m'orienter. Je m'en souviens très bien de la garde à vue. Je répondais une autre réponse jusqu'à ce que ça colle. Vous ne vous en souvenez pas ?»
Kevin Boutineau, la mine aussi sombre que sa chemise boutonnée jusqu'en haut qui souligne le teint blafard et les yeux gonflés de celui qui n'a pas du bien dormir sa dernière nuit en détention avant le grand déballage des assises, a tenté jusqu'au bout de cette première journée de débats, de tenir une position de plus en plus intenable.
Il n'a pas abattu sa mère, Claudette Decombe, 61 ans, de trois balles de 22 long rifle en pleine tête et en plein sommeil, au cours de la nuit du vendredi 20 au samedi 21 mai 2005. Il n'a pas non plus tué le compagnon de celle-ci, Jacques Joubert-Rippe, 63 ans, dans leur maison de la rue Porte-Fâche, à Boutiers-Saint-Trojan, de trois autres balles de la même arme.

Photo Sud Ouest

«Pas besoin de faire du propre»
Kevin, 26 ans, est «innocent». Il le clame depuis des mois. Et pourtant. Dans le volumineux dossier qui trône devant Jean-Alain Nollen, le président de la cour d'assises, il y a les nombreuses cotes du dossier. Sa garde à vue, ses auditions chez le juge d'instruction qui contiennent ses aveux. Précis, circonstanciés. Les aveux d'un jeune homme qui corroborent en tous points les constatations effectuées dans la maison du drame le mardi suivant, le 24 mai. Des détails, un déroulé, un scénario que seul pouvait connaître le meurtrier des deux sexagénaires.
En garde à vue, face aux gendarmes de la brigade de recherches de Cognac, Kevin avait pourtant raconté comment ce soir-là, après un accrochage au téléphone avec sa mère, parce qu'une fois encore, il lui réclamait de l'argent, il s'était rendu au domicile du couple. Comment il était tombé sur Jacques Joubert-Rippe, une figure dans la commune, ancien dirigeant du Modef, qui lui avait refusé l'entrée. Comment il avait patienté dans sa voiture. Comment, dans la nuit, il était entré dans la propriété par une baie coulissante qu'il savait défectueuse. Comment il avait calmé le petit caniche abricot pour qu'il n'aboie pas. Comment il avait pris la carabine, était monté dans la chambre.
Là, cela semblait acquis jusqu'à ce qu'il se rétracte, il avait allumé la lumière, avait visé la tête de sa mère, tiré à trois reprises. Jacques Joubert-Rippe s'était réveillé, redressé. «Qu'est ce que tu fous là ?» En réponse, il avait mis un coup de crosse, tiré. Etait redescendu chercher un autre chargeur alors que son beau-père agonisait. Il avait à nouveau tiré. Sans même viser, «parce que je n'avais pas besoin de faire du propre». Puis il avait allumé une bougie et ouvert le gaz.
C'est lui, le mardi, revenu avec sa jeune compagne et leur bébé, pour s'étonner de l'absence du couple, qui avait senti le gaz, appelé les secours.
Pour les enquêteurs, il était le fils de la victime, lui aussi victime. Même si son comportement a pu surprendre.
Les gendarmes se sont intéressés très vite au crime d'un proche. Ils ont pensé au propre fils de Jacques Joubert-Rippe. Il y avait eu des menaces, des coups. Ils étaient en guerre depuis des années. Cela ne tenait pas.
«Pas de milieu possible»
Kevin leur est apparu comme un suspect potentiel. Ils l'ont interrogé. Il a difficilement accouché ce qui allait devenir la vérité du dossier. Avant de tenter de se suicider en prison, puis de revenir sur ses aveux au sortir de l'hôpital psychiatrique.
Aux gendarmes, il a même demandé s'ils avaient trouvé des preuves, parce que lui était persuadé qu'il n'avait pas pu faire ça. Pas sa «petite maman chérie». «Ce ne pouvait pas être moi», a-t-il confié au psychologue. Mais Kevin, qui a fait changer par la justice son ancien prénom de Bernard parce que c'était aussi celui d'un père honni, haï, violent, qu'il n'a jamais connu parce que parti pour une maîtresse lorsqu'il avait 16 mois, n'est pas fou. Il n'est pas schizophrène, ne souffre pas de dédoublement de la personnalité.
Jean-Claude Chanseaux, l'expert psychiatre de Libourne est venu le dire hier. Dire aussi qu'il n'envisageait pas un déni de culpabilité qui aurait pu rendre le garçon amnésique. Il entretenait simplement une relation «fusionnelle» avec sa mère, qui l'assistait à coups de 300 € par mois. Ce qui avait pour effet d'exaspérer son compagnon, au point qu'il envisageait de lui faire choisir entre un fils tapeur pour se payer du shit et un mari qui s'inquiétait de la voir dilapider ses biens.
Lui le petit dernier des cinq enfants de la famille, le chouchou de sa maman qui pouvait devenir «violent verbalement» et casser les portes quand il n'obtenait pas assez vite ce qu'il voulait. «Ce soir-là, il a tué la banque. Il sentait que la source allait se tarir», a lancé un enquêteur. Un excellent mobile ? La ligne de défense de Kevin est fragile. Mais le feu roulant des questions d'un président parfois au bord de l'agacement ne l'a pas vraiment fait vaciller.
Les mines qu'ont posées les avocats de la partie civile, représentant les familles, n'ont eu pour seul effet qu'appeler les mêmes réponses. «Ils m'ont mis la tête à l'envers en garde à vue. Ce n'est pas moi. Ce n'était que des hypothèses que je formulais. Des déductions que je me suis faites dans ma tête.» Des «flashes». Mais qui correspondaient point pour point au déroulé de la nuit.
Un adjudant de la section de recherches se souvient de la fin de la garde à vue, de Kevin en pleurs, à genoux, face à sa compagne, lui avouant les meurtres. Et elle qui hurlait: «T'as pas fait ça à maman...»
Hier soir, le président a mis Kevin au pied du mur: «Dites leur que ce sont des menteurs ou des manipulateurs. Ou dites que vous avez bien fait ces déclarations. Il n'y a pas de milieu possible.»
Les débats reprennent ce matin.
Jean-François BARRÉ




Meurtres de Boutiers: «Kevin, n'aie pas peur de dire la vérité»
(CHARENTE LIBRE du 06 juillet 2007)
Photo CL
 Le président ne l'a pas ménagé, l'avocat général a insisté, les parties civiles ont enfoncé le clou. Kevin Boutineau clame toujours son innocence
«Tout ce que je lui demande, c'est d'assumer, de cracher le morceau.» Une chape de plomb s'est abattue sur la salle d'audience de la cour d'assises de la Charente, au deuxième jour du procès. Seuls quelques reniflements troublent le silence, pesant.
Béatrice Boutineau, les mains crispées sur la barre, s'est tournée vers Kevin, son petit frère qu'elle a «aimé». «Ça fait deux ans qu'on en souffre. Il faut dire la vérité. Ce n'est plus possible de continuer comme ça. Ni pour toi, ni pour nous. On sait tous. Même si tu as peur. Kevin, pour nous, pour Amélie, toi son grand frère tonton, ne continue pas. Tu vas dans le mur.»
Dans le box, Kevin explose, des sanglots pleins la voix. Je peux te jurer sur ce que j'ai de plus cher. Ce n'est pas moi.»
Béatrice insiste, le regard planté dans celui de son petit frère. «L'enfant que j'ai aimé me manque. Là, j'ai un étranger en face de moi. N'aie pas peur de dire la vérité.» Un blanc.
Kevin, en pleurs. «Je vous comprends tous. Je peux vous jurer que ce n'est pas moi. Ça fait deux ans que je cherche.»
Le président Nollen reprend la main. «Choisissez. Il faut que nous comprenions. On va décortiquer. Si ce n'est pas vous, si vous êtes sûr de vous, ne dites pas que vous êtes coupable. Mais si vous vous interdisez de dire la vérité, vous vous interdisez d'expliquer pourquoi.»

«C'était mon frère»
Le fil est rompu. L'émotion est retombée. Kevin Boutineau, semblait avoir atteint le point de rupture. Il n'a pas basculé.
Alors, le président de la cour d'assises, pour la seconde ou la troisième, ou la énième fois, a repris son dossier. Celui du double meurtre de Boutiers-Saint-Trojan, dans la nuit du 20 au 21 mai 2005. Le meurtre de Claudette Decombe, la mère de Kevin, et de Jacques Joubert-Rippe, son compagnon, que la cour d'assises examine depuis mercredi matin (lire CL d'hier).
Retour à la case départ. Retour aux déclarations des gendarmes. Ils étaient venus raconter leur enquête au premier jour de l'audience. D'autres leur ont succédé hier, pour redire les aveux du jeune homme buté, aujourd'hui âgé de 27 ans, qui persiste à nier ses premières déclarations, si précises, sans qu'on ne lui ait rien dit, qu'elles collent au millimètre aux constatations des enquêteurs. Si précises qu'elles épousent très exactement les contours du rapport que sont venus présenter hier matin les médecins légistes.
Une fois, deux fois, trois fois les mêmes questions. Kevin Boutineau est arc-bouté sur sa ligne de défense. «J'ai imaginé. C'était des inventions.» Qui apparaissent plus vraies que nature. Qui racontent, mais qui n'expliquent pas vraiment les vraies raisons du double meurtre.
Certes, ses frères, de plus de quinze ans ses aînés, sont venus tenter d'apporter un élément de réponse. Répéter que c'était une histoire d'argent. Comme Bruno, l'aîné, 49 ans, chauffeur routier, venu vanter les mérites de Jacques Joubert-Rippe, «cet homme très, très bien» devenu son vrai père tant le vrai géniteur de la fratrie était haï. Venu dire aussi qu'il n'avait «aucun doute». «Pourtant, c'est mon frère. Enfin... c'était mon frère», celui qui «se prenait pour le petit dernier, qui n'a jamais voulu bosser». Et le routier n'aime pas les feignants.
«A pieds joints sur la réalité»
Frédéric, son cadet, 41 ans, submergé par l'émotion, qui «gardait le petit quand maman travaillait au cinéma à Pons», ne peut oublier qu'il a «aimé cet enfant, joué avec lui». «Il n'est pas évident de gérer mes sentiments.» Comme Béatrice, dont la fierté, et celle de ses trois frères, est d'avoir «réussi à s'en sortir sans jamais rien demander.»
Tout le contraire de Kevin, que ses frères accusent d'avoir racketté leur mère, jusqu'à en indisposer son compagnon. «J'en avais parlé à maman, se souvient Béatrice. Je lui avais dit, arrête tout ça. Jacques va te larguer et je ne veux pas te ramasser en morceaux.»
Dans le box des accusés, toujours de noir vêtu, le regard fixé sur le plancher, Kevin Boutineau a encaissé les coups, qui venaient de sa famille proche. Puis il s'est repris pour, avec un peu d'aplomb retrouvé, parler de ses «imaginations» et de ses «inventions». Pas vraiment à l'aise. Parfois fuyant. «J'étais dans le doute, si c'était vrai ou pas vrai, tout en sachant que ce n'était pas vrai.»
«Vous n'avez pas d'explication sauf quand vous avez deviné les choses et êtes tombés à pieds joints sur la réalité», lui a lancé le président.
Kevin n'en a pas fini. Jean-Alain Nollen compte reprendre l'interrogatoire par le menu dès ce matin. Avant le réquisitoire et les plaidoiries.
Le verdict est attendu ce soir. Kevin Boutineau encourt la réclusion à perpétuité.
Jean-François BARRÉ




Trente ans pour le double assassinat de Boutiers-St-Trojan
(CHARENTE LIBRE du 07 juillet 2007)
Trente ans de réclusion criminelle. Deux heures de délibéré et les six hommes et les trois femmes qui composaient le jury de la cour d'assises de la Charente ont répondu «oui» à toutes les questions.
Oui, Kevin Boutineau, 26 ans, a bien tué sa mère, Claudette Decombe et son compagnon, Jacques Joubert-Rippe, dans leur maison de la rue Porte-Fâche, dans la nuit du 20 au 21 mai 2005 à Boutiers. Oui, il avait bien prémédité son geste. Et accessoirement, oui, il avait aussi volé pas loin de 500 € et un pistolet à plombs.
Hier, en fin d'après-midi, le poing serré, Jean Moulineau, l'avocat du jeune homme a jeté toutes ses forces dans une bataille qui semblait perdue d'avance. Il est parvenu à éviter à Kévin la réclusion criminelle à perpétuité que Jean-Pierre Bot, l'avocat général venait de requérir.
De la salle, une paire d'applaudissements s'est élevée, vite douchée par le président Nollen. «Un verdict comme celui-ci, c'est toujours le constat d'un grand échec. Je pense sincèrement que ça ne vaut pas des applaudissements». C'était en tout cas le constat de l'échec de la jeune existence de Kevin Boutineau.
 Photo Sud Ouest

Le jeune homme, tout de noir vêtu, comme aux deux premiers jours de son procès, la mine sombre mais le verbe un peu plus assuré, n'a pas bronché à l'énoncé du verdict. Mais il a assurément accusé le coup, lui qui, depuis des mois, depuis l'ouverture des débats, mercredi, clamait son innocence, même poussé dans ses derniers retranchements par la sœur qui l'avait élevé (lire CL d'hier).
Hier matin, encore, un peu seul contre tous, contre l'escouade de gendarmes venus accumuler les charges, contre sa propre famille convaincue de sa culpabilité, contre trois avocats de la partie civile, contre l'avocat général et sans aucun témoin acquis à sa cause, il a de nouveau renié ses aveux. Arc-bouté sur une ligne de défense de moins en moins tenable. Comme les jours précédents, malgré l'insistance du président.
«La voie de la raison»
Trois avocats des familles Joubert-Rippe et Boutineau contre lui, qui n'ont pas eu de mots assez durs pour fustiger celui qui avait «tué la banque», commis «l'irréparable» en «exécutant» sa mère et son beau-père pour un mobile aussi dérisoire que l'aide financière de maman qui allait se tarir.
Au presque terme d'une audience «éprouvante», Jean-Pierre Bot, l'avocat général n'a pas caché son trouble. «On ne tue pas la personne qui vous a donné la vie et qui vous aime».
Sobrement, mais avec force et conviction, il s'est replongé dans son dossier, pour en extraire tous les éléments d'aveux confrontés aux éléments matériels et qui collent parfaitement. Les détails. «La scène qu'il décrit n'est pas imaginaire. Il l'a vécue, suffisamment pour la mimer, la bruiter».
Il s'est souvenu qu'en garde à vue, le jeune homme s'était effondré aux pieds de sa compagne. «J'aurais aimé qu'il le fasse hier. Qu'il dise, comme dans les lettres à, sa nièce, qu'il avait commis l'irréparable. Là, il était humain.»
Dès lors, il n'a reconnu aucune circonstance atténuante, aucune excuse à celui qui «en l'état actuel de son comportement, ne mérite pas la compassion.» Réclusion criminelle à, perpétuité, a-t-il laissé tomber, la mine grave.
Jean Moulineau savait que la tâche serait difficile. «C'eut été plus simple pour tout le monde s'il avait réitéré ses aveux.» A son secours, il a appelé Descartes et sa méthode fondée sur le doute. Outreau, aussi, pour remettre en cause les conditions qui ont permis de recueillir les aveux en garde à vue. Patrick Dills, encore: des aveux circonstanciés, réitérées. La perpétuité, la révision, la liberté.
Il a voulu, avec brio, avec ferveur, entraîner les jurés «sur la voie de la raison», instiller le doute. «La facilité, comme l'évidence, c'est parfois l'ennemie de la vérité.»
Les incohérences de certaines déclarations, l'absence de preuve matérielle. Et surtout, la personnalité perturbée du jeune homme «rentré dans la peau de l'agresseur. On parle de dédoublement de la personnalité. Et s'il s'était identifié à ce salopard qu'était son vrai père, dont il portait le prénom et dont il a voulu se débarrasser ?» Problématique d'identité pour Bernard «dit» Kevin, rapport complexe à la mère, chez celui que sa famille rejette. On l'aime tout en le haïssant. Il n'y a pas de pardon.Pas de pitié.»
De son dossier, l'avocat a ressorti l'appel affolé aux pompiers quand Kevin a découvert le drame. «Ça pue le gaz. Il y a urgence. C'est ma mère.»
Kevin Boutineau ne sait pas encore s'il fera appel. Il est reparti en prison. Il n'a pas entendu les hoquets de sa compagne, effondrée sur les marches du palais. Il n'a pas non plus entendu l'avocat de ses frères et sœurs estimer que ce n'était finalement pas si cher payé, pendant que les magistrats se penchaient sur les plus de 400.000 € que lui réclament les parties civiles.
Jean-François BARRÉ


NDLR : Bernard Boutineau n'a pas fait appel.




VERDICT
(FRANCE 5 le 24/11/2007 - Rediffusion les 04, 10 et 17/12/2007)
"L'affaire Boutineau" Un film de Patrick Benquet et Jean-Charles Marchand



La suite ? Cliquez ici ...

Retour à la page d'accueil
Ecrivez moi ...
Haut de page
© Philippe Dumas - Octobre 2003 - Tous droits réservés

(Dernière mise à jour : Décembre 2007)